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avril 2021

Presse

La Libre

19 avril 2021

Pieterke Mol: « Quand je galérais, j’aurais aimé entendre d’autres personnes parler de dépendance »

« Je te vois de loin. À moitié couchée sur un lit. À moitié cachée par un rideau. Tu es calme. Petit animal apeuré. La tristesse me submerge. Je te parle. Je te considère une fois. Nos regards se fuient. Tu as uriné dans ton pantalon. Ta chute t’a remis les idées en place, je pense, mais ton corps, lui, ne se remet pas. J’examine tes points de suture. Ils ont l’air d’avoir bien fait ça. Tu en as sept sur le bras. Tu murmures que tu as mal. Tu t’excuses. Je ne dis rien, je jouis de ma puissance. Supériorité éphémère. Comme une salope. »

Des phrases courtes, de la colère, de la souffrance et, surtout, beaucoup d’amour. Dans son premier roman autobiographique et cathartique Ça va n’aller publié l’an passé, l’autrice bruxelloise Pieterke Mol racontait l’alcoolisme de ses parents et de son beau-père. Un récit poignant et plongeant le lecteur dans les méandres de la dépendance et notamment les siennes. « Je voulais écrire ce livre pour que les gens touchés par les addictions se sentent moins seuls, rappelle-t-elle, dès l’introduction du premier épisode de Gueules de bois , diffusé ce lundi à 19 h sur Radio Panik (https://www.radiopanik.org/). J’ai créé ce podcast car le sujet me passionne et parce qu’on n’entend pas assez d’informations, de témoignages sur les addictions. Quand je galérais moi-même avec l’alcool, la coke, j’aurais aimé entendre d’autres personnes en parler. Ce podcast est fait pour les personnes touchées de près et de loin par les addictions. Pour celles et ceux que le sujet intéresse, pour démystifier, pour déculpabiliser, pour partager. »

Le témoignage d’un ami

La Belgo-Néerlandaise poursuit, donc, son combat en rencontrant quatre personnes dans quatre épisodes d’une heure. Dans le premier, elle interroge son ancien compagnon, avec qui elle est toujours amie : Lawrens, 50 ans, sans emploi, maître de la procrastination, vivant sans frigo et qui se dit « alcoolique ».

L’occasion, pour lui, de parler de l’absence de ses parents lorsqu’il était enfant, de sa timidité adolescente, de la manière dont l’alcool a pu lui permettre de « mettre des couches sur ses angoisses « , des bières tièdes descendues en solo, des situations les plus foireuses, ou encore du regard de sa fille. Nina, 21 ans, se confiera au micro de Pieterke Mol dans le quatrième opus.

Raconter ses propres tourments

Cette heure d’interview ressemble d’avantage à une discussion intime qu’à une interview classique. L’auteure en « profite » aussi pour parler de ses propres tourments. De ses anciennes obsessions pour l’alcool, des sorties « prétextes » pour fuir la solitude et boire en groupe, de son côté « no limite » en soirée, mais, aussi, de son abstinence depuis six ans.

Dans le deuxième épisode, diffusé le 17 mai prochain, Pieterke Mol reçoit Maurizio Frisina, psychologue et responsable de l’équipe paramédicale à l’Unité 1 de la Clinique La Ramée à Bruxelles. L’auteur de l’ouvrage Sur le bord du chaos : complexité, thérapie systémique et addictions (L’Harmattan) explique comment une dépendance peut s’installer, les clés pour s’en sortir, l’importance d’être bienveillant envers soi-même et de consulter rapidement. Nécessaire et passionnant.

Article par Jacques Besnard disponible dans La Libre du 19 avril 2021.
Article numérique disponible ici.

Gueules de bois

Alcool 1.1 – Lawrence

19 avril 2021

Pour le premier épisode autour de l’alcool, Alcool 1.1, je discute avec Lawrence. 
Lawrence a 50 ans, il est le père d’une jeune femme et est célibataire. Nous parlons de son frigo, de son enfance, de sa fille, Nina, des femmes, des psys et de cet énervement qui parfois l’assaille et dont il ne sait quoi faire.

Les photos poèmes

J’ai du désir qui déborde

2 avril 2021

J’ai du désir plein les poches.
Comme des cailloux qui débordent et qui tombent ci et là.
Petit Poucet des lamentations, au pied d’un mur trop haut pour être entendu. 

J’ai du désir qui déborde.
Comme une petite fille qui balance son vœu.
Dans le supermarché.
Néons des ascenseurs.
Gâtée d’envies. Gâtée d’attentes.
Intention détruite. Nécessité latente. 

J’ai du désir qui déborde.
Comme l’eau qui chauffe.
Qui bout.
Et les bulles de colère. Et les bulles d’amour.
Qui se partagent l’espace puis éclatent.
Le temps d’une étincelle qui ne devait pas durer et qui pourtant reste. 

J’ai du désir qui déborde.
La braise du foyer qui vient se loger dans ton pli.
Sous ton coude.
Et qui brûle. Et qui crie.
Qui brûle d’envie. 

Je crie. Je hurle. Mon désir. 

Toi prends-le.
Entends-le.
Caresse-le.
Et rends-le moi.
Plus doux. Plus calme.
Moins purulent. Moins vital. 

J’ai du désir qui déborde.
Pour toi. Pour moi. Pour nous.
Pour cette terre.
Cette terre qui s’asphyxie.
L’air dans nos poumons qui s’amenuise et que je rends.
Que je rends. 

Je te souffle.
Je te souffle ma vie.
Dans la bouche.
Bouche à bouche des amants.
Je te souffle ce qu’il me reste de force.
Je te rends.
Tout ce que tu m’as donné.
Je te le rends.

Libération des manques. Libération volatile.